samedi 11 octobre 2014

Nous avons privilégié la mer

Il est 22h à Beaufort. Nous terminons notre navigation en vue de notre départ demain. L'Intracoastal, les canaux intérieurs qui longent la côte, est parsemé de haut-fond et est un chenal très étroit. Pourquoi ne pas prendre la mer? "Il est tard pour en parler, non?" répond Cathy. Ok, nous ouvrons les instructions nautiques pour avoir tous les détails des "inlet" (passage des entrées et sorties pour prendre la mer). Celui de Beaufort est très bien navigable, c'est-à-dire, bien balisé, large et avec suffisament d'eau. Mais c'est un vrai labyrinthe. De plus, nous devons procéder dans l'Inlet avant le levé du soleil, donc à la noirceur. Notre inlet pour notre rentrée sera celui de Wrightsville. C'est 13 heures, pas si mal. Ok, nous partons à 5h00 du matin, levons l'ancre à 4h30 pour être en mer vers les 5h et être à notre destination au moins une heure avant le coucher du soleil. Si on arrive de nuit, au pire, l'inlet et très large et bien balisé. De plus, nous aurons le courant avec nous car il aura renversé depuis quelques heures en notre faveur.

Nous y sommes pour la deuxième fois, en mer. Quel bonheur! Du beau vent, soleil....et une prise de rêve! Je tire ma ligne à l'eau avec ma nouvelle cuillière 20 minutes plus tard....dzzzzzzzzzzzzzz. Je prend ma canne, wow!! J'ai de la misère à la tenir. Tout le monde est excité dans le bateau. Olivier jubile.  Cathy, ralentit le moteur. Je drille, je tire....vraiment excitant. Un petit problème, j'ai pas encore de filet.... Ok plan de match. Olivier suggère d'aller chercher un seau. Moi, je ramène le poisson sur le côté du bateau. Ce n'est pas fait encore, la bête combat pour sa vie. Je vois quelque chose! Le poisson vient à la surface. Ha! C'est un thon! Je réussi à le ramener proche du bateau. Je donne la canne à Cathy et Olivier approche avec le seau. Oui!! Il est à bord. Cathy prend la vodka et lui envoie dans les s'ouis. Le poisson se calme. Mais toujours vivant. Je prend mon couteau pour lui enlever ses dernières souffrance ...... Le cockpit ressemble à un champ de bataille. Ouf, quel combat. On lave tout ça et nous allons préparer ce thon immédiatement pendant qu'il est encore tout frais. Sortir un poisson de la sorte est une expérience de vie en soit. 

Nous continuons la route tout fier. Il nous reste environ 3 heures de navigation. Je regarde derrière de la fumée blanche.... Je regarde si l'eau sort bien derrière pour le refroidissement...dur à dire avec les vagues. Je mets ma main sous l'eau s'il y a une odeur particulière, rien. Alors peut-être de l'eau qui s'est infiltré dans le moteur. L'alarme de température "overheat" du moteur sonne! Je coupe le moteur. Il est 15 heure et nous sommes en mer...dans de bonnes conditions heureusement. Je vais voir le liquide de refroidissement, tout est beau. De l'huile, ok. Il reste maintenant 2 heures avant la tombé de la nuit. Comme nous sommes membre d'une organisation américaine qui offre le service de remorquage gratuitement. Je décide de les appeler et de vérifier tout ça à une marina tranquille et que je ramène tout le monde à bon port le plus vite possible. Être en mer avec les enfants sans moteur et pas de vent, non merci. Repartir le moteur sans avoir trouvé le problème aurait pu mettre fin à la vie de notre moteur. Donc, on se fait "tower" jusqu'à Wrightsville. Pendant notre balade en mer en se faisant remorquer, je vérifie mon filtre à eau de mer pour le refroidissement du moteur....plein de terre et de branches. Un vrai pot de fleur. Voilà! Ce n'était que cela. Une obstruction majeur dans le filtre d'eau de mer qui sert au refroidissement du moteur. Plus de peur que de mal. C'est l'expérience qui entre. 

Quelques jours plus tard, on reprend l'Intracoastal pour se diriger vers Little River où se trouve un bel "inlet" d'où nous pourrons reprendre la mer. Tout s'est bien déroulé. Notre troisième passage en mer. Nous commençons à prendre de l'expérience. Nous avons trouvé par la suite un mouillage tellement extraordinaire. Complètement seul au milieu de rien. C'est vraiment une sensation très spécial d'être seul en famille loin de tout, de se retrouver ensemble, proche de nos valeurs, de notre intimité sans aucune intervention de la société et voir notre voilier au loin pour nous acceuillir à notre retour de notre expédition à terre. 

Nous continuons notre route. Nous reprenons la mer à partir de Charleston pour une traversée d'environ 30 heures. La météo est bonne. Seulement un peu d'Est dans la direction du vent mais majoritairement du nord et moins de 10 noeuds et la mer 1 à 2 pieds. Les trois prochains jours semblent bons aussi et par la suite, un front froid entre et apporte avec lui de mauvaises conditions. Donc, nous avons notre fenêtre météo. Finalement.... ça été une longue nuit.....les vents ont tourné franc Est entre 15 et 20 noeuds. Nous avons eu le vent de travers et au près à la fin majoritairement appuyé du moteur pour arriver à temps pour notre entrée dans l'inlet de Cumberland Island, juste à la frontière de la Floride et de la Georgie, avant qu'un fort courant nous empêche d'entrer. La vague environ un mètre et demi, au 3/4 arrière. Quelques formations de cellules orageuses mais elles ont bifurqué de leur trajectoire, donc nous n'avons rien eu. Nous n'avions pas beaucoup,de solution de rechange en mer pour une rentrée imprévue. Les autres inlets proches ne sont pas recommandés à la navigation...encore moins en pleine nuit. J'ai été très impressionné par le calme de Cathy en mer et par sa manière de gérer des situations plus difficiles. Elle possède réellement des aptitudes de marins. Elle fait confiance aux décisions que nous prenons ensemble, elle fait confiance en son bateau et évidemment a un sens d'analyse très posé. Pendant que j'étais à la barre, Cathy a pris les informations des orages avec les logiciels que nous possédions. Elle a calculé les directions et leurs vitesses de déplacement. Elle a pris notre position, notre vitesse et notre cap, puis nous avons determiné que nous ne croiserions pas finalement ces quelques cellules. La décision de continuer et de ne pas prendre le prochain inlet est prise. Faire ce genre d'exercice en mer de nuit, au près (à cette allure, le bateau est incliné) avec le moteur en marche dans la vague est épuisant. Nous avons réussi à dormir  une heure max chacun sur nos 30 heures de nav. Notre récompense : notre destination! Cumberland Island. Une île magique. Une réserve magnifique. Nous nous reposons, relaxons, avons du bon temps et on rit de notre dernière traversée avec un petit rhum juste avant le souper. Nous avons le sentiment d'avoir accomplis un défi. Nous sommes très impressionné par les enfants en mer. Ils s'occupent et n'éprouvent aucun malaise ni de peur. La mer est agitée, les vagues cognent sur la coque, le vent siffle dans les haubants, mais les garçons ou bien ils dorment ou sont à leur occupation sans jamais se plaindre. Rassurez-vous, les navigations sont très rarement de cette façon.

Nous rêvons du moment où nous irons se coucher dans quelques heures. En arrivant à cette île, nous sommes immédiatement sortis du bateau, car les enfants eux, ont dormit et étaient prêts! "Ok les gars, aller courir sur la plage" le seul moyen de se reposer dans l'immédiat. Nous allons reprendre des forces. Les derniers jours ont été durs, pour les enfants aussi. Donc, en plus, nous devons gérer leur fatigue...on se comprend bien là là. Donc, doublement épuisant. Nous sommes ici pour quelques jours. C'est une escale que nous attendions. Nous faisons l'école dans la forêt enchantée, tout le monde est heureux d'être arrivé. De plus, nous sommes à la frontière de la Floride. On avance! Le bleu bleu est pour bientôt. Chaque jour, nous réalisons le privilège que nous vivons et que nous méritons.














































lundi 29 septembre 2014

Beaufort, plateforme de grands voyages en mer

Nous prenons le beat. Je regarde ma boussole, elle indique toujours le sud. Mmmmm, c'est bon signe. Nous avons fait le tronçon de Norlfolk à Beaufort en quelques arrêts avec un environnement complètement époustouflant. Un décor magique nous attendait presque à chaque arrêt. Nous avons vu les plus beaux levés de soleil jusqu'à maintenant. Certains très sauvages, dont un en particulier. Il ventait 20 noeuds avec des rafales à 25. Nous avions quitté Elizabeth City, là où les gens accueillent les femmes marins avec des roses et offrent leur voiture et leur temps pour faire des commissions en ville.... Bref, le mouillage était dans l'Alligator River. Nous étions seul au milieu de nulle part dans un décor étrange. Tellement beau et à la fois mystérieux mais à la limite angoissant avec ce vent qui soufflait fort du Nord-Est dans ce décor incroyable.

Il y a des moments dans la vie que nous ressentons ces sentiments de trop-plein de bonheur. Nous sommes sur le pont, bien assis avec les enfants avec la doudou tous collés les uns sur les autres. Les étoiles brilles et la lune éclaire Charlotte et son environnement. Avoir le sentiment que tout est à sa place à ce moment précis. Des moments comme celui-ci, nous en avons plusieurs. Souper rassemblé autour de la table à l'intérieur du bateau, bien proche de tout le monde. Se lever le matin avec les enfants qui viennent nous rejoindrent presque chaque matin (sauf lors de nos départs avant le lever du soleil). Naviguer ensemble et nos déjeuners dans le cockpit. La proximité à l'intérieur d'un bateau fait beaucoup plus de peur que de mal. Nous avons entendu beaucoup de commentaires, et même nous, nous avions les mêmes : "Quatre dans ce bateau pendant un an, comment vous aller faire" et bien c'est au-dessus de nos espérances. Cette proximité tisse les liens beaucoup plus vite que prévu. Nous avons pas l'impression que l'espace est trop restreint. On se rend compte bien vite que nous avons pas besoin de toutes ces choses matérielles que nous possèdons. Évidemment, nous avons eu à gérer des crises. Les enfants grandissent et leur caractère évolue. Mais comme maintenant nous avons que cela à faire, alors temps plein pour être avec les gars pour bien gérer tout cela. Nous avons tout notre temps pour comprendre, agir et s'améliorer.

C'est hallucinant comment les enfants peuvent être résiliants. Une fois pour aller faire l'épicerie, nous étions à l'ancre dans une rivière. Pour s'y rendre, nous devions prendre notre petit zodiac, traverser un marécage pour finir dans la forêt derrière le stationnement de l'épicerie. Les gens nous voyant débarquer avec nos vidanges et les enfants, nous regardaient avec un point d'interrogation collé sur leurs visages. Mais les enfants ...rien de plus normal. Même aller à l'épicerie et une aventure! On peut voir plus bas une photo de notre accostage...

Nous sommes maintenant à Beaufort en Caroline du Nord. Ville mythique pour les marins. Cet endroit est une plateforme pour les grands voyages en mer. Tout de cette ville est tourné vers le maritime. Juste en face de notre mouillage, à quelques mètres seulement, il y a une petite île où habitent des chevaux sauvages. L'atmosphère est très spécial. Nous avons découvert l'île à la marche. Ce sentiment de liberté nous a tout de suite envahit. Nous avons aussi le sentiment que nous nous rapprochons du bleu des bahamas ....

Nous avançons et nous sommes meilleurs à chaque jour. Ceux qui me connaissent bien, savent que de nature, je ne suis pas une personne très manuelle. Et bien vous seriez surpris! Je suis le premier épatté! Et Cathy aussi! Cathy est de plus en plus à l'aise à la barre et à la navigation. Elle se plaît maintenant à établir la navigation le soir pour le lendemain. Elle barre par gros temps et se sent très à l'aise dans des situations plus difficiles. 

Nous ne sommes pas encore dans les Caraïbes, mais le but principal est atteint. Nous sommes heureux d'être ensemble, sur l'eau et prendre soin de chacun.